Niger : Niamey traite 115 dossiers terroristes, la justice sous pression constante
Le Tribunal de grande instance hors classe de Niamey a traité plus de 400 procès-verbaux au cours du mois de juin 2026, dont 115 affaires liées au terrorisme, selon le rapport mensuel présenté par le parquet. Ce bilan met en évidence l’ampleur de la menace sécuritaire dans la capitale nigérienne et les défis auxquels fait face la justice pour gérer l’afflux des dossiers dans un contexte marqué par un manque de magistrats et une pression constante des groupes armés.
Le parquet du Tribunal de grande instance hors classe de Niamey a publié son rapport mensuel d’activité, révélant une forte concentration d’affaires liées au terrorisme. Sur les plus de 400 procès-verbaux enregistrés en juin, les infractions d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste arrivent en tête avec 80 dossiers. Elles sont suivies par les 74 affaires de vol. Le document fait également état de 27 cas d’appui au terrorisme, cinq dossiers de financement d’activités terroristes et trois affaires de recel de terroristes, portant à 115 le nombre total de procédures liées au terrorisme.
Selon Ladji Ouattara, expert des questions sahéliennes, ces chiffres traduisent une évolution préoccupante de la situation sécuritaire au Niger. Il précise que ces données concernent uniquement la juridiction de Niamey, alors que plusieurs zones du pays restent confrontées aux attaques de groupes armés. Pour l’analyste, la capitale nigérienne représente désormais un espace stratégique pour les organisations terroristes, comme l’ont illustré les attaques visant la zone de l’aéroport depuis le début de l’année ainsi que l’enlèvement d’un ressortissant américain survenu il y a moins d’un an.
Face à cette multiplication des dossiers sensibles, la question des moyens judiciaires demeure au centre des préoccupations. Ladji Ouattara estime que les capacités actuelles de la justice nigérienne pourraient être insuffisantes pour garantir un traitement efficace et approfondi des affaires terroristes. Cette situation rejoint les propos du ministre de la Justice, Alio Daouda, qui indiquait récemment que le Niger dispose d’un magistrat pour plus de 50 000 habitants, avec une couverture juridictionnelle estimée à 70 %. Ce déficit de ressources humaines représente un défi majeur pour le système judiciaire.
Le rapport du parquet révèle par ailleurs que 600 personnes ont été déférées devant le ministère public au cours du mois de juin. Toutefois, plus de la moitié des dossiers ont été classés sans suite. Pour Ladji Ouattara, ce taux élevé peut s’expliquer par des enquêtes insuffisamment documentées, un manque de preuves exploitables ou des interpellations n’ayant pas permis d’établir des charges suffisantes. Ces données relancent le débat sur la nécessité de renforcer les moyens d’investigation, d’améliorer le fonctionnement de la justice et de consolider la lutte contre le terrorisme au Niger.



