Affaire Martinez Zogo : Le témoignage d’Ottoulou divise les parties au procès
Le procès de l’assassinat du journaliste camerounais Martinez Zogo a pris un nouveau tournant devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Lors de l’audition du 34ᵉ témoin, le colonel Jean-Pierre Ottoulou a livré des déclarations mettant en cause plusieurs accusés, tandis que la défense a dénoncé de nombreuses contradictions et une enquête qu’elle estime orientée dès ses premières heures.
Le Tribunal militaire de Yaoundé a poursuivi l’examen de l’affaire Martinez Zogo avec l’audition du colonel Jean-Pierre Ottoulou, ancien commandant de la compagnie de gendarmerie de la région du Centre. Chargé des premières investigations après la découverte du corps du journaliste à Ebogo, près de Yaoundé, en janvier 2023, l’officier a présenté sa lecture des faits devant la juridiction.
À la barre, il a affirmé que les premières investigations avaient permis d’établir des liens entre le lieutenant-colonel Justin Danwe et l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga. Selon son témoignage, ce dernier aurait demandé à Justin Danwe de « faire taire » Martinez Zogo. Le colonel Ottoulou est également revenu sur le parcours de la « Prado noire », véhicule présenté comme celui ayant servi à l’enlèvement du journaliste, ainsi que sur les aveux attribués à Justin Danwe au cours de l’enquête.
Ces déclarations ont immédiatement suscité une vive réaction des avocats de la défense. Me Charles Tchoungang a soutenu que le témoin contredisait les conclusions du magistrat instructeur, lequel n’aurait établi aucun lien entre Jean-Pierre Amougou Belinga et les faits d’enlèvement, de torture ou d’assassinat reprochés. L’avocat estime ainsi que les propos du colonel Ottoulou fragilisent la cohérence de l’accusation.
Dans le même sens, Me Seri Zokou a remis en cause la conduite des investigations. Selon lui, les déclarations du témoin confortent l’idée d’une enquête orientée dès son ouverture. Il s’est notamment appuyé sur les affirmations du colonel Ottoulou concernant Maxime Eko Eko, alors directeur général des Renseignements généraux, qui aurait dirigé les enquêteurs vers les pistes impliquant Jean-Pierre Amougou Belinga et Justin Danwe dès les premiers jours de l’enquête.
Face aux nombreuses divergences apparues au cours des débats, le Tribunal militaire a renvoyé l’affaire aux 2 et 3 août 2026 pour le contre-interrogatoire du colonel Jean-Pierre Ottoulou. Cette nouvelle étape permettra à la défense de confronter le témoin à ses précédentes déclarations ainsi qu’aux pièces du dossier. Très suivi au Cameroun, le procès de l’affaire Martinez Zogo demeure l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles du pays, tant par les personnalités mises en cause que par les nombreuses interrogations entourant le déroulement de l’enquête.