Colombie : Duel entre la gauche et la droite dure au second tour
La Colombie se dirige vers un second tour présidentiel particulièrement disputé. À l’issue du premier tour organisé dimanche 31 mai, l’avocat millionnaire Abelardo de la Espriella est arrivé en tête avec 43,74 % des suffrages, devant le sénateur Ivan Cepeda, qui a recueilli près de 41 % des voix. Les deux hommes s’affronteront le 21 juin prochain pour succéder au président sortant Gustavo Petro.

Figure atypique de la vie politique colombienne, Abelardo de la Espriella, 47 ans, s’est imposé comme le candidat de la droite dure. Admirateur déclaré de Donald Trump, de Nayib Bukele et de Javier Milei, celui qui se fait surnommer « Le Tigre » a bâti sa campagne sur un discours sécuritaire et une promesse de fermeté face aux groupes criminels. Après l’annonce des résultats, il a affirmé vouloir « changer l’histoire de la Colombie pour toujours », saluant ses partisans depuis la ville de Barranquilla. Face à lui, Ivan Cepeda, 63 ans, défenseur des droits humains et proche allié du président sortant Gustavo Petro, défendra le bilan de la gauche au pouvoir ainsi que la poursuite des réformes sociales engagées ces dernières années. Il mise également sur la continuation du dialogue avec les groupes armés dans le cadre de la politique de paix initiée par le gouvernement sortant. La sénatrice conservatrice Paloma Valencia, soutenue par l’ancien président Alvaro Uribe, n’a obtenu que moins de 7 % des suffrages. Éliminée dès le premier tour, elle a rapidement appelé ses électeurs à soutenir Abelardo de la Espriella lors du scrutin décisif de juin.
Cette élection se déroule dans un contexte particulièrement tendu. La Colombie connaît en effet sa plus grave recrudescence de violence depuis la signature de l’accord de paix avec les Farc en 2016. Attentats, assassinats de responsables communautaires et affrontements entre groupes armés rappellent la fragilité de la situation sécuritaire dans plusieurs régions du pays. La question de la lutte contre ces organisations criminelles constitue le principal enjeu de la campagne. Ivan Cepeda défend la poursuite des négociations avec les guérillas, les groupes paramilitaires et les réseaux liés au narcotrafic, tandis qu’Abelardo de la Espriella prône une stratégie de confrontation directe. Ce dernier promet notamment la construction de dix méga-prisons, une réduction de 40 % de la taille de l’État et des opérations militaires renforcées contre les trafiquants de drogue. La Constitution colombienne interdisant au président Gustavo Petro de briguer un nouveau mandat, ce scrutin apparaît comme un référendum sur l’héritage politique du premier chef d’État de gauche de l’histoire du pays. Entre poursuite des réformes sociales et retour à une politique sécuritaire de « main de fer », les électeurs colombiens devront trancher lors du second tour prévu le 21 juin. La campagne s’annonce intense dans un pays profondément divisé sur la manière de restaurer la sécurité et de relancer le processus de paix, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI



