Politique

Réforme de l’ONU : L’Union africaine relance sa demande de sièges permanents au Conseil de sécurité

Réunis à Nairobi, les dirigeants africains ont de nouveau porté haut la voix du continent sur la scène diplomatique mondiale. À l’occasion d’une réunion ministérielle tenue en marge des discussions liées au Sommet Afrique-France, l’Union africaine a réaffirmé sa revendication historique d’une réforme en profondeur du Conseil de sécurité de l’ONU.

Au cœur de cette position, une exigence claire : une représentation permanente de l’Afrique dans l’organe chargé des décisions majeures en matière de paix et de sécurité internationales. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a adopté un ton ferme lors de son intervention. Selon lui, le continent ne réclame pas un privilège, mais la correction d’un déséquilibre historique au sein des Nations unies. Il a rappelé que l’architecture actuelle du Conseil de sécurité repose encore sur des fondements établis en 1945, à une époque où la majorité des pays africains n’étaient pas indépendants et n’avaient donc aucune voix dans la construction de ce système international. Pour l’Union africaine, cette situation n’est plus compatible avec les réalités géopolitiques actuelles.

Un Conseil de sécurité jugé déséquilibré

Aujourd’hui, le Conseil de sécurité des Nations unies est composé de cinq membres permanents — les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni — tous issus de régions hors du continent africain. Ces pays disposent d’un droit de veto, leur conférant un pouvoir décisionnel déterminant sur les questions de sécurité mondiale. L’Afrique, malgré ses 54 États membres et sa population estimée à plus de 1,3 milliard d’habitants, ne dispose d’aucun siège permanent. Elle occupe uniquement deux à trois sièges non permanents, renouvelés tous les deux ans. Ce déséquilibre est d’autant plus critiqué que le continent est régulièrement au cœur des opérations de maintien de la paix des Nations unies. Même le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a reconnu en 2026 que cette structure reflète davantage l’ordre mondial de l’après-Seconde Guerre mondiale que les dynamiques actuelles de la planète.

Une réforme portée par des textes africains fondateurs

La position de l’Union africaine ne date pas d’hier. Elle s’appuie sur deux documents clés : le Consensus d’Ezulwini adopté en 2005 et la Déclaration de Syrte de 1999. Ces textes constituent la base officielle de la revendication africaine pour une réforme du Conseil de sécurité. Le projet africain prévoit l’obtention de deux sièges permanents avec droit de veto, ainsi que cinq sièges non permanents supplémentaires. Une proposition qui vise à rééquilibrer la gouvernance mondiale en intégrant davantage les réalités démographiques et politiques du continent. Mahmoud Ali Youssouf a souligné que plusieurs partenaires internationaux, dont la France, le Kenya et la Sierra Leone, soutiennent l’idée d’un « modèle africain » de représentation au sein des institutions internationales.

L’adhésion de l’Union africaine au G20 en 2023 est également perçue comme un signal fort de l’évolution du rôle du continent dans la gouvernance mondiale. Cependant, la réforme du Conseil de sécurité reste un processus complexe. Toute modification nécessite l’accord des cinq membres permanents actuels ainsi qu’une majorité des deux tiers de l’Assemblée générale des Nations unies, ce qui rend les négociations particulièrement délicates.

En appelant à une meilleure coordination politique et à des alliances stratégiques, l’Union africaine entend transformer ce consensus en avancées concrètes. Mais aucun calendrier précis n’a encore été fixé pour une réforme effective.