Économie

‎Japon: Le grand retour du parc nucléaire

‎Quinze ans après la catastrophe de Fukushima, le Japon amorce un tournant majeur dans sa politique énergétique. Le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie a annoncé vendredi un projet ambitieux de relance du nucléaire afin de faire face à l’augmentation rapide des besoins en électricité.

‎Selon le plan présenté à un groupe d’experts, le gouvernement prévoit de remplacer jusqu’à cinq réacteurs nucléaires vieillissants d’ici les années 2040, puis d’en reconstruire davantage pour atteindre un total d’environ quatorze nouveaux réacteurs à l’horizon 2050. Il s’agit de la première fois que les autorités japonaises fixent officiellement des objectifs aussi précis en matière de renouvellement du parc nucléaire. ‎Cette orientation répond à une demande énergétique en forte croissance, alimentée notamment par le développement de l’intelligence artificielle, des centres de données et des usines de semi-conducteurs, des secteurs particulièrement gourmands en électricité. ‎Dans ce scénario, la part du nucléaire dans le mix énergétique japonais passerait de 10 % actuellement à environ 20 % dans les prochaines décennies. Le gouvernement souhaite ainsi garantir la sécurité énergétique du pays tout en réduisant sa dépendance aux importations de charbon, de pétrole et de gaz naturel, dont les coûts pèsent lourdement sur l’économie nationale.

‎Après l’accident de Fukushima en 2011, qui avait profondément marqué l’opinion publique, les 54 réacteurs nucléaires du pays avaient été mis à l’arrêt. Depuis, seuls 15 des 33 réacteurs encore exploitables ont été remis en service, tandis que les autres approchent de la fin de leur durée de vie. ‎Le Japon s’est également engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Pour y parvenir, les autorités considèrent désormais le nucléaire comme un levier essentiel de la transition énergétique. Selon les estimations de l’industrie électrique japonaise, le pays pourrait faire face à un déficit de production de 5,5 millions de kilowatts dans les années 2040, soit l’équivalent de la capacité de cinq réacteurs nucléaires.

‎Toutefois, le projet devra encore convaincre une population largement méfiante à l’égard de cette source d’énergie. Un sondage réalisé en 2025 indiquait que seulement 18 % des Japonais se déclaraient favorables à un renforcement du nucléaire. ‎Malgré ces réticences, la Première ministre Sanae Takaichi défend activement cette stratégie. Elle estime que le redémarrage et le renouvellement du parc nucléaire constituent une réponse indispensable à la hausse de la consommation électrique, tout en permettant de réduire la facture des importations énergétiques et de soutenir les ambitions industrielles du pays, rapporte Rfi.

Norbert MEGAN YAOVI