Pakistan : Une attaque à l’acide contre une femme médecin
Une nouvelle attaque à l’acide visant une femme médecin dans la province du Baloutchistan a suscité une vive émotion au Pakistan et déclenché une série de grèves et de manifestations au sein du corps médical. L’incident relance le débat sur la sécurité des femmes sur leur lieu de travail et sur la lutte contre les violences fondées sur le genre.

Les faits se sont produits le samedi 6 juin dans un hôpital public de Quetta, principale ville du Baloutchistan, dans le sud-ouest du pays. Selon les autorités, un homme a aspergé d’acide la docteure Mahnoor Nasir, lui causant de graves brûlures au visage ainsi que sur plusieurs parties du corps. Les motivations de l’agresseur demeurent inconnues à ce stade de l’enquête. L’auteur présumé, employé comme opérateur d’ascenseur dans l’établissement hospitalier, a été tué alors qu’il tentait de prendre la fuite après son acte, selon les informations rapportées par les médias locaux. L’attaque a provoqué une onde de choc dans le secteur de la santé. Dès les heures suivant l’agression, des membres de la Young Doctors Association ont organisé des rassemblements au sein de l’hôpital. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont la Commission des droits de l’homme du Pakistan, ainsi que des représentants de la société civile, sont également descendus dans les rues de Quetta pour exprimer leur indignation. Les manifestants réclament un renforcement des mesures de sécurité pour le personnel féminin dans les hôpitaux publics et un contrôle plus strict de la vente des produits corrosifs. Ils soulignent que le climat d’insécurité auquel sont confrontées de nombreuses femmes contribue à aggraver la pénurie de médecins dans un pays confronté à une forte croissance démographique.
Bien que les attaques à l’acide soient criminalisées au Pakistan et passibles de lourdes sanctions, ce type de violence continue de toucher principalement les femmes. Selon l’Acid Survivors Foundation, organisation spécialisée dans l’aide aux victimes, 1 180 incidents impliquant de l’acide, de l’eau bouillante ou encore de l’essence ont été recensés entre 2011 et 2018. La communauté internationale a également réagi. Dans un communiqué, ONU Femmes Pakistan a condamné l’agression et rappelé que « les attaques à l’acide comptent parmi les formes les plus dévastatrices de violence fondée sur le genre », laissant aux survivantes des séquelles physiques et psychologiques souvent irréversibles. Alors que l’état de santé de la docteure Mahnoor Nasir continue de susciter l’inquiétude, cette nouvelle affaire met en lumière les défis persistants du Pakistan dans la protection des femmes contre les violences et les discriminations, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI