Zambie : Les arrestations postélectorales font monter l’inquiétude
En Zambie, les tensions s’intensifient au lendemain de la réélection du président Hakainde Hichilema. La mort du député et ancien ministre Mutotwe Kafwaya, survenue lors d’une opération policière, ainsi que l’arrestation de plusieurs figures de l’opposition suscitent de vives préoccupations dans le pays.
Après plusieurs jours de silence et de rumeurs, les autorités zambiennes ont confirmé, mercredi 19 août 2026, la mort de Mutotwe Kafwaya. Le parlementaire a été tué lors d’un « échange de tirs » pendant un raid de la police contre une résidence liée à l’opposant Brian Mundubile. Les forces de sécurité affirment avoir mené cette opération pour démanteler une « milice ».
Brian Mundubile, arrivé deuxième à l’élection présidentielle du 13 août avec 38 % des suffrages, a été battu par le président sortant Hakainde Hichilema, réélu avec 60 % des voix. Mais une semaine après le scrutin, les opérations des forces de sécurité alimentent les inquiétudes sur le climat politique dans le pays. Le raid, mené vendredi 14 août dans une résidence de l’opposition, reste entouré de zones d’ombre. L’inspecteur général de la police a néanmoins confirmé l’arrestation de onze personnes. Des armes, des munitions ainsi que du matériel électronique auraient également été saisis au cours de l’opération.
Face à cette situation, l’Association du barreau de Zambie réclame une enquête « transparente, impartiale et crédible ». Elle dénonce des pratiques susceptibles de porter atteinte aux droits fondamentaux et rappelle que la sécurité nationale ne saurait justifier des arrestations arbitraires, des détentions prolongées ou un usage excessif de la force. La juriste et défenseuse des droits humains Linda Kasonde affirme, de son côté, qu’une trentaine de personnes auraient été arrêtées illégalement ces derniers jours. Elle décrit une situation « inédite en Zambie » et estime que le contexte politique dans lequel se sont déroulées les élections pourrait affecter leur crédibilité.
Le gouvernement tente toutefois de calmer les tensions. Dans une allocution télévisée, le secrétaire de cabinet Patrick Kangwa a exprimé ses regrets après la mort de Mutotwe Kafwaya. Il a également appelé la population à éviter la diffusion de discours de haine sur les réseaux sociaux, à respecter les résultats du scrutin et à laisser le processus constitutionnel suivre son cours. Alors que le nouveau mandat de Hakainde Hichilema débute dans un contexte politique tendu, les autorités sont désormais sous pression pour faire toute la lumière sur les opérations policières et les arrestations qui ont suivi le scrutin, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI