Somalie : De violents affrontements secouent Mogadiscio sur fond de crise politique
De violents combats ont éclaté dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 juin dans la capitale somalienne, Mogadiscio, marquant une nouvelle escalade des tensions entre le gouvernement et l’opposition. Des tirs nourris ont résonné dans plusieurs quartiers de la ville jusqu’en milieu de matinée, tandis que d’épais nuages de fumée étaient visibles au-dessus de la capitale.

Dans un communiqué, la police somalienne a annoncé avoir mené une vaste opération de sécurité visant à neutraliser des « milices lourdement armées » accusées d’avoir lancé des attaques au mortier contre certains secteurs de la ville. Selon les autorités, cette opération était sur le point de s’achever jeudi matin. Les affrontements ont notamment été signalés aux abords des résidences de l’ancien président Sharif Sheikh Ahmed et de l’ancien Premier ministre Hassan Ali Khaire. Ce dernier a affirmé qu’il participait à une réunion avec des chefs de clans lorsque les forces gouvernementales ont tenté de l’éliminer. Il a également fait état de victimes, sans toutefois fournir de bilan précis. De son côté, le ministre somalien de la Défense, Ahmed Moallim Fiqi, a accusé Hassan Ali Khaire d’avoir tenté de renverser le gouvernement en mobilisant une milice armée. La veille, les autorités avaient déjà dénoncé des attaques menées par ce groupe contre un poste de police de la capitale. Ces violences interviennent dans un contexte de fortes tensions politiques qui perdurent depuis plusieurs mois. Une manifestation de l’opposition était d’ailleurs prévue ce jeudi dans les rues de Mogadiscio.
Au cœur du différend figure la réforme constitutionnelle adoptée en mars dernier sous l’impulsion du président Hassan Cheikh Mohamoud. Cette réforme instaure le suffrage universel et porte la durée du mandat présidentiel de quatre à cinq ans, repoussant ainsi de facto l’échéance de la fin du mandat du chef de l’État. L’opposition critique vivement ces changements, estimant qu’ils renforcent excessivement le pouvoir présidentiel. L’introduction du suffrage universel constitue également une rupture majeure avec le système politique somalien actuel, fondé sur une représentation indirecte où les chefs de clans désignent les membres du Parlement. Alors que les autorités et l’opposition se rejettent mutuellement la responsabilité des violences, la situation demeure particulièrement tendue dans la capitale, faisant craindre une aggravation de la crise politique et sécuritaire dans le pays, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI