Pont Morandi : Huit ans après le drame de Gênes, 32 responsables condamnés
Huit ans après l’effondrement meurtrier du pont Morandi à Gênes, dans le nord-ouest de l’Italie, la justice italienne a rendu son verdict ce jeudi 16 juillet 2026. Trente-deux personnes ont été condamnées à des peines allant jusqu’à 12 ans de prison pour leur responsabilité dans cette catastrophe qui avait coûté la vie à 43 personnes le 14 août 2018.
Le tribunal de Gênes a reconnu coupables plusieurs anciens responsables de la société Autostrade per l’Italia (Aspi), gestionnaire de l’infrastructure, ainsi que des cadres publics chargés du contrôle des concessions autoroutières. Sur les 57 accusés jugés, 32 ont été condamnés pour des faits liés à des négligences dans la surveillance, l’entretien et la sécurité du viaduc.
L’ancien directeur général d’Autostrade per l’Italia, Giovanni Castellucci, a écopé de la peine la plus lourde avec 12 ans de réclusion. Il a été reconnu coupable de négligence et d’homicide involontaire dans cette affaire qui a profondément marqué l’Italie. Lors du procès ouvert en 2022 dans une structure installée dans la cour du tribunal de Gênes, il avait déclaré se sentir « responsable mais pas coupable », contestant les accusations portées contre lui.
D’autres anciens cadres de la société gestionnaire du pont figurent également parmi les condamnés. L’ancien numéro trois d’Autostrade a reçu une peine de 11 ans de prison, tandis que l’ex-numéro deux de l’entreprise a été condamné à cinq ans et demi de réclusion. Un ancien responsable du ministère italien des Infrastructures et des Transports, chargé du suivi des concessions autoroutières, a quant à lui écopé de cinq ans d’emprisonnement.
Le drame du pont Morandi s’était produit le 14 août 2018 à 11h36, sous une pluie intense, à Gênes. Une partie du viaduc autoroutier reliant l’Italie à la France s’était effondrée, précipitant plusieurs véhicules dans le vide et causant la mort de 43 personnes. La catastrophe avait provoqué une onde de choc en Italie et relancé le débat sur l’état des infrastructures du pays.
Au cours de l’enquête, les magistrats ont mis en lumière plusieurs défaillances dans la gestion et la maintenance de l’ouvrage. Ils ont notamment relevé qu’entre l’inauguration du pont en 1967 et son effondrement 51 ans plus tard, des opérations essentielles de renforcement n’avaient pas été réalisées sur certains éléments fragilisés, notamment les câbles de soutien du pilier numéro 9.
Selon l’accusation, la dégradation des structures était connue depuis plusieurs années. Des interventions avaient déjà été menées sur des piliers similaires, mais pas sur celui qui a finalement cédé. Les enquêteurs ont estimé que l’effondrement aurait pu être évité si les mesures nécessaires avaient été prises à temps.
Pour les familles des victimes, cette décision judiciaire constitue une étape importante dans la reconnaissance des responsabilités. Michele Matti Altadonna, frère de l’une des personnes décédées, a estimé que la justice avait enfin établi les responsabilités dans cette tragédie. L’avocat Raffaele Caruso, représentant le comité des proches des victimes, a également affirmé que le pont ne s’était pas effondré par hasard.
Le vice-ministre italien des Infrastructures et des Transports, Edoardo Rixi, a salué le verdict, estimant que l’effondrement du pont Morandi n’était pas une fatalité mais la conséquence « d’erreurs graves et d’omissions » commises par ceux chargés d’assurer la sécurité de l’ouvrage. La maire de Gênes, Ilaria Salis, a évoqué une journée « au poids historique et émotionnel énorme » pour la ville.
Malgré les condamnations visant plusieurs anciens dirigeants, la société Autostrade per l’Italia et sa filiale Spea ont échappé au procès pénal après un accord à l’amiable conclu avec le parquet. Au moment du drame, Autostrade appartenait au groupe Atlantia, contrôlé par la famille Benetton, qui a finalement cédé sa participation à l’État italien en mai 2022 sous la pression politique et populaire.
Le verdict du procès du pont Morandi marque une nouvelle étape dans la quête de vérité autour de l’une des plus graves catastrophes d’infrastructure en Europe ces dernières années.



