Madagascar : La Banque centrale traque l’or clandestin
La Banque centrale de Madagascar (BCM) prévoit d’ouvrir prochainement des points de collecte d’or dans quatre régions à fort potentiel aurifère. À travers cette initiative, l’institution veut à la fois accroître ses réserves en or et mieux encadrer une filière largement dominée par l’informel et les réseaux de contrebande.
Les villes d’Ambilobe et de Maevatanana, dans le nord du pays, Miandrivazo, dans l’ouest, et Mananjary, dans le sud-est, ont été retenues pour accueillir ces points de collecte. La Banque centrale entend y acheter directement de l’or afin d’augmenter ses stocks. Elle dispose actuellement d’environ une tonne de ce métal précieux dans ses coffres. Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement observé auprès de nombreuses banques centrales à travers le monde. Pour Madagascar, l’enjeu est notamment de renforcer et de diversifier ses réserves de change, avec l’espoir de contribuer à la stabilité de l’ariary, la monnaie nationale, régulièrement exposée à de fortes fluctuations.
Au-delà de l’accumulation de réserves, la Banque centrale souhaite également mieux organiser le secteur aurifère. Les futurs points de collecte devraient permettre d’améliorer la traçabilité de l’or, de contrôler sa qualité et de favoriser de meilleures conditions de travail pour les orpailleurs.
L’institution veut également encourager l’abandon du mercure dans l’exploitation artisanale de l’or, en raison de ses effets nocifs sur la santé et l’environnement. La démarche vise ainsi à formaliser une activité qui fait vivre environ 600 000 personnes, selon la Banque centrale, mais qui demeure largement informelle. Elle doit aussi contribuer à réduire la contrebande et à faire entrer davantage de revenus dans les circuits légaux de l’économie malgache.
Les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène. L’année dernière, seulement 13 kilos d’or auraient été vendus à des acheteurs étrangers via le guichet unique d’exportation, destiné à faciliter le commerce légal du métal précieux. À l’inverse, en 2024, le ministère malgache des Mines estimait qu’environ une tonne d’or quittait clandestinement le pays chaque mois. Un trafic particulièrement lucratif pour les réseaux impliqués, mais qui prive l’État de recettes fiscales importantes. Avec l’ouverture de ces nouveaux points de collecte, la Banque centrale espère donc reprendre progressivement le contrôle d’une filière aurifère stratégique pour l’économie de la Grande Île, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI