Arménie : Nikol Pachinian reconduit au pouvoir
Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a remporté les élections législatives organisées dimanche en Arménie. Selon les résultats publiés par la Commission électorale centrale, son parti, Contrat civil, a obtenu 49,81 % des suffrages, un score qui lui assure la majorité des sièges au Parlement et lui permet de conserver son poste de chef du gouvernement.

Bien qu’il n’ait pas franchi le seuil symbolique des 50 % des voix, Nikol Pachinian devrait disposer d’un peu plus de 60 sièges sur les 105 que compte l’Assemblée nationale. Cette majorité lui garantit la formation du prochain gouvernement, mais reste insuffisante pour engager une révision de la Constitution, une réforme qu’il souhaite mener et que l’Azerbaïdjan considère comme une condition préalable à la ratification de l’accord de paix signé à Washington en août dernier.
Une victoire saluée par le Premier ministre
Avant même l’annonce officielle des résultats définitifs, Nikol Pachinian avait revendiqué une victoire qu’il a qualifiée d’« historique » devant ses partisans réunis à Erevan. « Les élections ont donné la victoire à notre parti, Contrat civil. C’est une grande responsabilité et la preuve que les citoyens arméniens se sont mobilisés pour leur indépendance, leur avenir et la paix », a déclaré le dirigeant arménien. Au pouvoir depuis 2018 à la suite de la « Révolution de velours », Pachinian a également rendu hommage aux victimes des conflits récents avant d’exprimer sa fierté envers le peuple arménien.
Une opposition influente au Parlement
Malgré sa victoire, le Premier ministre devra composer avec une opposition importante. Le parti Arménie forte, dirigé par l’homme d’affaires Samvel Karapetian et favorable à un rapprochement avec Moscou, est arrivé en deuxième position avec 23,29 % des voix. Cette configuration parlementaire pourrait compliquer certains projets du gouvernement, notamment sa politique de rapprochement avec l’Union européenne et les États-Unis. Le taux de participation au scrutin a atteint près de 59 %, selon la Commission électorale.
Entre Moscou et l’Occident
Ces élections se sont déroulées dans un contexte de fortes tensions géopolitiques. Depuis plusieurs années, Erevan cherche à renforcer ses relations avec Bruxelles et Washington, une orientation qui suscite l’inquiétude de la Russie. Moscou a récemment mis en garde les autorités arméniennes contre une trajectoire qu’elle compare à celle suivie par l’Ukraine avant sa rupture avec la Russie. Malgré ces tensions, Nikol Pachinian affirme vouloir préserver des relations constructives avec le Kremlin. Avant le scrutin, il avait d’ailleurs annoncé que son premier déplacement officiel à l’étranger, en cas de victoire, serait consacré à une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine.
Les félicitations de l’Union européenne et de la France
La victoire du Premier ministre arménien a rapidement suscité des réactions favorables de la part de plusieurs dirigeants occidentaux. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué le résultat du scrutin et réaffirmé le soutien de l’Union européenne à l’Arménie. « Nous apprécions profondément notre partenariat avec une Arménie démocratique qui se rapproche de plus en plus de l’Europe », a-t-elle déclaré sur le réseau social X. Le président français Emmanuel Macron a également adressé ses félicitations à Nikol Pachinian, évoquant une « large victoire » et soulignant sa volonté de poursuivre la coopération entre Paris et Erevan en faveur de la paix, de la souveraineté arménienne et du rapprochement avec l’Europe.
Un pays marqué par les crises récentes
Le scrutin intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’Arménie. Depuis son arrivée au pouvoir en 2018, Nikol Pachinian a entrepris de profondes réformes visant à démanteler les structures oligarchiques héritées de l’ère post-soviétique. Le pays reste toutefois marqué par sa défaite militaire face à l’Azerbaïdjan en 2020 et par la perte du Haut-Karabakh en 2023. Ces événements ont provoqué l’exode de dizaines de milliers d’Arméniens et profondément bouleversé la vie politique nationale. Par ailleurs, le parquet arménien a annoncé l’ouverture de 165 enquêtes liées à de présumées irrégularités et tentatives d’entrave au processus électoral. De son côté, l’Alliance arménienne de l’ancien président Robert Kotcharian a dénoncé l’interpellation de plusieurs membres de son équipe de campagne par les forces de l’ordre. Malgré ces contestations, la victoire de Nikol Pachinian confirme son maintien à la tête du pays et pourrait consolider l’orientation pro-européenne engagée par l’Arménie ces dernières années, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN



