Angola : La loi sur les fausses informations prévoit jusqu’à 10 ans de prison
Une nouvelle loi visant à encadrer la diffusion de fausses informations sur internet est désormais en vigueur en Angola. Adopté à l’approche de l’élection présidentielle prévue en août 2027, ce texte instaure des sanctions civiles, administratives et pénales pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement.
La loi considère comme « fausse information » toute publication volontaire comportant des éléments jugés erronés, trompeurs ou manipulateurs et susceptible d’induire l’opinion publique en erreur. Une définition qui suscite déjà des réserves au sein de la société civile, notamment en raison du caractère jugé imprécis de certaines notions. Pour Jaime Domingos, juriste et membre du mouvement civique Mudei, des expressions telles que « contenu trompeur » manquent de précision. Les organisations de défense des libertés craignent ainsi que cette formulation puisse être utilisée contre des citoyens exprimant des opinions critiques à l’égard du pouvoir.
Des peines pouvant atteindre dix ans
Le nouveau dispositif prévoit des amendes allant de 200 à 400 salaires minimums. Sur le plan pénal, la diffusion de fausses informations peut entraîner jusqu’à trois ans de prison. Lorsque les contenus sont considérés comme incitant à la haine ou portant atteinte à la réputation de personnes ou d’institutions, les peines peuvent aller de trois à huit ans d’emprisonnement. La sanction la plus lourde, pouvant atteindre dix ans de prison, concerne les publications jugées susceptibles de perturber les processus électoraux ou de menacer la sécurité de l’État.
Lors de l’adoption du texte, un député du MPLA, le parti au pouvoir, avait défendu la nécessité de cette législation, estimant que la liberté d’expression ne devait pas être assimilée à l’impunité.
Des inquiétudes à l’approche de la présidentielle
L’entrée en vigueur de cette loi intervient dans un contexte politique particulièrement sensible, à un an de la prochaine élection présidentielle. Les organisations de la société civile redoutent qu’elle ne soit utilisée pour restreindre la liberté d’expression et réduire l’espace réservé au débat public.
L’opposition assure, pour sa part, qu’elle entend poursuivre ses prises de position malgré ce nouveau cadre juridique. Plusieurs organisations non gouvernementales envisagent également de saisir la justice et souhaitent solliciter l’intervention de l’Ordre des avocats angolais afin d’examiner la conformité de certaines dispositions avec les libertés fondamentales, rapporte Rfi.
Norbert MEGAN YAOVI