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Mali : Le témoignage clé ébranle le procès pour complot contre l’État

Le procès pour « tentative de complot contre le gouvernement » connaît un tournant décisif à Bamako. Entendu comme unique témoin à charge, l’adjudant-chef Soumaila Bagayoko a livré un témoignage marqué par de nombreuses contradictions, alimentant les interrogations sur la solidité des poursuites engagées contre six personnalités proches de l’ancien président de transition Bah N’Daw.

La Cour d’appel de Bamako a poursuivi, mardi 21 juillet 2026, les audiences du procès relatif à une présumée tentative de complot contre le gouvernement malien. Six personnalités comparaissent devant la juridiction, parmi lesquelles l’ancien directeur de la Sécurité d’État, le colonel Kassoum Goïta, et l’ancien secrétaire général de la Présidence, Kalilou Doumbia. Tous contestent fermement les faits qui leur sont reprochés.

L’audience du lundi 20 juillet a été dominée par la comparution de l’adjudant-chef Soumaila Bagayoko, unique témoin sur lequel repose l’essentiel de l’accusation. À la barre, le militaire a affirmé avoir été contacté par l’opérateur économique Sandi Ahmed Saloum, présenté comme un intermédiaire agissant au nom du colonel Kassoum Goïta. Selon son récit, il lui aurait été demandé de recruter des hommes en vue d’organiser un coup d’État.

Soumaila Bagayoko a déclaré avoir refusé de prendre part à ce projet présumé avant d’en informer une connaissance au sein des services de renseignement. Il affirme avoir ensuite poursuivi les échanges avec les supposés organisateurs afin de recueillir des éléments de preuve dans le cadre d’une collaboration avec les services de sécurité.

Toutefois, son témoignage a rapidement révélé plusieurs incohérences. À de nombreuses reprises, interrogé par les magistrats et les avocats sur les détails du supposé complot, il s’est contenté de répondre : « Je n’ai pas de réponse », sans être en mesure d’apporter des précisions sur des éléments pourtant centraux de son récit.

Les interrogations se sont accentuées lorsqu’il a reconnu être incapable d’identifier devant la Cour le colonel Kassoum Goïta et Sandi Ahmed Saloum, alors même qu’il affirme les avoir rencontrés physiquement à plusieurs reprises et avoir échangé avec eux par téléphone. Le témoin a déclaré ne reconnaître ni leur visage, ni leur silhouette, ni leur voix.

Une autre contradiction a retenu l’attention de la Cour. Invité à décrire l’accent de Sandi Ahmed Saloum, l’adjudant-chef Bagayoko a évoqué un accent bambara. Cette déclaration contraste avec les précédentes audiences, au cours desquelles les magistrats avaient entendu l’homme d’affaires, originaire de Tombouctou, s’exprimer avec un accent songhaï.

Ces incohérences ont conforté la stratégie de la défense, qui estime que les éléments présentés par l’accusation ne permettent pas d’établir l’existence d’un complot organisé. Les six prévenus continuent de rejeter l’ensemble des accusations et dénoncent une procédure qu’ils jugent insuffisamment étayée.

Cette affaire s’inscrit dans le contexte des tensions politiques qui ont suivi la transition malienne. Tous proches de l’ancien président de transition Bah N’Daw, les accusés sont détenus depuis près de cinq ans. Ils affirment avoir subi des actes de torture durant leur détention et contestent la régularité des poursuites engagées à leur encontre.

La Cour d’appel de Bamako devra désormais apprécier la valeur probante du témoignage de l’unique témoin à charge ainsi que l’ensemble des pièces du dossier avant de rendre sa décision dans une affaire suivie de près, tant pour ses implications judiciaires que pour ses répercussions sur la vie politique malienne.