233 000 candidats au bac, mais des universités incapables d’accueillir tous
Madagascar enregistre un record historique avec 233 000 candidats inscrits au baccalauréat 2026. Si cette progression témoigne des avancées dans l’accès à l’enseignement secondaire, elle expose également les limites du système universitaire. Entre le nombre insuffisant de places dans les établissements publics et le coût élevé des formations privées, des milliers de nouveaux bacheliers pourraient voir leurs ambitions académiques compromises.
Les épreuves du baccalauréat ont débuté le lundi 20 juillet 2026 sur l’ensemble du territoire malgache. Cette année, 233 000 candidats se présentent à cet examen national, un chiffre jamais atteint auparavant dans la Grande Île. À Antananarivo, notamment au lycée moderne d’Ampefiloha, les candidats ont entamé les compositions avec l’épreuve d’anglais, sous la supervision des équipes chargées de l’organisation.
Cette forte participation traduit les efforts réalisés dans le développement de l’enseignement secondaire à Madagascar. Mais derrière cette réussite se cache une réalité plus préoccupante : l’obtention du baccalauréat ne garantit plus automatiquement une admission dans l’enseignement supérieur ni une insertion professionnelle durable.
Pour de nombreux jeunes diplômés, l’accès à l’université demeure un parcours difficile. Fy, une candidate de 18 ans basée à Antananarivo, souhaite poursuivre des études en topographie. Comme beaucoup de ses camarades, elle devra obtenir d’excellents résultats pour intégrer une université publique ou affronter des concours très sélectifs. En cas d’échec, le recours aux établissements privés devient souvent la seule option, mais les frais de scolarité représentent une charge financière importante pour de nombreuses familles.
Les chiffres illustrent l’ampleur de la crise. En 2025, les universités publiques malgaches ont offert seulement 40 000 nouvelles places pour accueillir 112 000 nouveaux bacheliers. Cette différence considérable laisse chaque année plusieurs dizaines de milliers de jeunes sans possibilité immédiate de poursuivre leur formation universitaire.
La situation inquiète également les acteurs de la société civile. Tiako Koloina Jesseh, responsable de la mobilisation des organisations civiles au sein du Mouvement national pour une éducation pour tous (MONEPT), estime que la valeur du diplôme est fragilisée par des problèmes de gouvernance et dénonce l’existence de pratiques favorisant les relations personnelles au détriment des compétences.
Selon les données de l’Institut national de la statistique de Madagascar, entre un quart et la moitié des bacheliers ne poursuivent pas d’études supérieures selon les années. Une situation qui soulève des interrogations sur l’avenir de milliers de jeunes diplômés confrontés à un marché de l’emploi déjà difficile.
Avec l’augmentation continue du nombre de candidats au baccalauréat, Madagascar réalise une avancée importante dans la démocratisation de l’éducation. Toutefois, sans renforcement des infrastructures universitaires, création de nouvelles places et amélioration des mécanismes d’accès aux formations supérieures, ce succès scolaire risque de se transformer en une source de frustration pour une génération de jeunes en quête d’avenir.



