Séismes au Venezuela : Le deuil et la culpabilité écrasent les secouristes à La Guaira
Deux semaines après le double séisme meurtrier qui a frappé la région de La Guaira, au Venezuela, la phase d’urgence laisse progressivement place à une réalité plus lourde encore : celle du deuil, de l’épuisement psychologique et de la culpabilité chez les secouristes et bénévoles. Tandis que les équipes internationales de secours se retirent peu à peu du pays, les habitants et les volontaires locaux restent confrontés aux conséquences humaines d’une catastrophe dont les chances de survivants deviennent quasi inexistantes.
Sur le terrain, les scènes de désolation persistent autour des zones sinistrées. Devant une morgue improvisée, les familles continuent d’affluer pour identifier les corps des victimes. Les allers-retours entre Caracas et La Guaira se poursuivent, malgré la fatigue et la détresse grandissante. Edgardo, 20 ans, est venu chercher le corps de son cousin disparu lors du séisme. Comme d’autres bénévoles, il a participé aux opérations de recherche et de secours dans les jours suivant la catastrophe. Aujourd’hui, il décrit un poids psychologique difficile à supporter. « Nous avons aidé à sortir des victimes, mais maintenant les images reviennent sans cesse », confie-t-il, évoquant un traumatisme persistant alimenté par des scènes qu’il ne parvient plus à effacer.
Dans les premières heures du drame, l’adrénaline et l’urgence permettaient de tenir. Mais au fil des jours, la réalité des opérations de secours s’est imposée : la majorité des interventions ont conduit à la découverte de corps sans vie. Pour de nombreux volontaires, ce constat a fait naître un sentiment d’impuissance et de culpabilité, aggravé par l’intensité des efforts fournis sans interruption.
À Catia La Mar, des rescapés vivent encore sous des tentes installées sur un parking, où l’aide humanitaire se poursuit. L’ONG IsraAID assure la distribution de repas et un accompagnement psychologique destiné aussi bien aux survivants qu’aux intervenants. Sur place, la psychologue Karen Munzón observe une détresse particulièrement marquée chez les secouristes et bénévoles. Beaucoup disent ne pas avoir fait assez pour sauver des vies, malgré leur engagement constant depuis le début de la catastrophe. Ce sentiment de culpabilité, associé à la fatigue accumulée, nécessite un accompagnement psychologique prolongé afin d’éviter des traumatismes durables.
Alors que les équipes de secours étrangères quittent progressivement le Venezuela, la prise en charge repose désormais principalement sur les acteurs humanitaires encore présents. Cette transition marque une nouvelle étape de la crise, où l’urgence vitale laisse place à la gestion du traumatisme collectif et à la reconstruction psychologique des populations touchées.