Politique

Affaire des 61 Marocains : Les zones d’ombre

La police algérienne affirme avoir arrêté 61 ressortissants marocains soupçonnés de préparer des « actes de sabotage » contre la sécurité et l’ordre publics. Présenté par Alger comme un « réseau criminel international marocain », le groupe est au cœur d’une affaire marquée par le manque de précisions sur les faits reprochés. Au Maroc, plusieurs zones d’ombre sont relevées dans la version des autorités algériennes.

Des accusations sans précisions sur les actions projetées

Selon la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) algérienne, les 61 personnes ont été arrêtées au début du mois d’octobre alors qu’elles s’apprêtaient à commettre des actes susceptibles de porter atteinte à la sécurité et à l’ordre publics. Le groupe compterait notamment un ancien militaire marocain. D’après les informations communiquées par les autorités algériennes, les suspects seraient arrivés en Tunisie par avion avant de pénétrer sur le territoire algérien en empruntant des pistes de montagne. Toutefois, Alger n’a fourni aucune précision sur la nature des opérations que le groupe aurait envisagé de mener, les éventuelles cibles visées ou les éléments matériels permettant d’étayer les accusations. À ce stade, les autorités marocaines n’ont pas officiellement réagi à cette affaire.

Plusieurs zones d’ombre relevées par un média marocain

Dans un article consacré à cette affaire, le média marocain Médias24 relève plusieurs incohérences dans les informations rendues publiques par les autorités algériennes. Le média souligne notamment l’absence d’armes, d’explosifs, de cartes ou de listes de cibles parmi les objets présentés. Les saisies mentionnées se limiteraient à des téléphones portables, des passeports, ainsi qu’à des sommes en dirhams et en euros. Médias24 s’interroge également sur les conditions dans lesquelles 61 ressortissants étrangers auraient pu parcourir près de 1 000 kilomètres entre la frontière tunisienne et Oran, sans assistance locale et sans être repérés. Le média relève par ailleurs que l’unité de police citée dans les images diffusées serait spécialisée dans la lutte contre l’immigration clandestine, plutôt que dans l’antiterrorisme.

Un dossier sur fond de tensions entre Alger et Rabat

Cette affaire intervient dans un contexte de relations particulièrement tendues entre l’Algérie et le Maroc. Les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques en août 2021, sur fond de différends politiques et régionaux. Dans ce climat, la désignation de ressortissants marocains comme suspects dans une affaire de sabotage soulève des questions, notamment en raison du peu d’éléments rendus publics pour justifier les accusations. Pour l’heure, l’absence de précisions sur les actes supposément planifiés et sur les preuves disponibles laisse plusieurs interrogations en suspens.