Ebola en Ituri : Croyances locales freinent la riposte sanitaire
En République démocratique du Congo, la réponse à une nouvelle flambée d’Ebola en Ituri a été sérieusement compromise par une rumeur locale attribuant les décès à un cercueil dit « vengeur ». Selon les autorités sanitaires, cette croyance est née après le décès d’un premier patient à Bunia, dont le corps a été transporté à Mongbwalu pour inhumation, avant qu’un changement de cercueil ne soit interprété comme un signe surnaturel.
Cette lecture mystique des événements a alimenté la peur au sein des communautés, retardant la détection officielle de l’épidémie et l’intervention des équipes de santé publique.
L’épisode débute à Bunia, où un patient décède dans un contexte médical initialement non identifié comme Ebola. Le corps est ensuite transféré vers Mongbwalu pour les funérailles. En cours de route, le cercueil est endommagé, ce qui conduit la famille à en utiliser un autre pour l’enterrement.
Ce changement, perçu a posteriori comme un événement anodin, devient le cœur d’une construction sociale dramatique. Dans la communauté, une rumeur se propage rapidement : le défunt serait à l’origine de morts successives, comme si le cercueil lui-même « poursuivait » les habitants.
Face à cette interprétation, une partie de la population privilégie des explications spirituelles plutôt que médicales. Cette perception entraîne une méfiance envers les équipes sanitaires et contribue à retarder les alertes officielles.
Selon les informations recueillies par les autorités, la transmission du virus aurait débuté dès le mois de janvier, mais la déclaration de l’épidémie n’aurait été effectuée qu’en mai. Ce décalage de plusieurs mois a limité l’efficacité des premières mesures de contrôle.
Interrogé sur RFI, le professeur Jean-Jacques Muyembe rappelle que ces situations ne sont pas nouvelles. Il évoque notamment l’épidémie de Kikwit en 1995, où des explications liées à des conflits familiaux autour du gibier avaient retardé l’identification du virus.
Pour les experts sanitaires, ces récits illustrent un frein récurrent à la détection rapide des foyers épidémiques, notamment dans les zones où les systèmes de santé sont confrontés à des croyances fortement ancrées.
Au-delà de l’Ituri, cette situation met en évidence un défi structurel pour les autorités sanitaires : la coexistence entre médecine moderne et représentations culturelles de la maladie. Malgré les avancées scientifiques depuis la découverte du virus en 1976, les épidémies d’Ebola continuent d’être interprétées à travers des prismes spirituels ou symboliques.
Ce décalage complique la mise en œuvre rapide des mesures de prévention et de contrôle, essentielles pour limiter la propagation du virus.