Cameroun : Le Pape Léon XIV appelle à « briser les chaînes de la corruption »
Le pape Léon XIV a prononcé mercredi un discours particulièrement offensif au palais présidentiel de Yaoundé, en présence du chef de l’État camerounais Paul Biya. Cette prise de parole, centrée sur la lutte contre la corruption et le respect des droits humains, marque la première visite d’un souverain pontife au Cameroun depuis celle de Benoît XVI en 2009.
Arrivé d’Algérie, première étape de sa tournée africaine de onze jours, le chef de l’Église catholique s’est exprimé en français devant des responsables politiques, militaires, diplomatiques et des représentants de la société civile. Dans son allocution, le pape a appelé à une rupture avec les pratiques de corruption, estimant que celles-ci « défigurent l’autorité et la privent de sa crédibilité ». Il a exhorté les autorités camerounaises à renforcer la transparence dans la gestion des finances publiques.
Léon XIV a également insisté sur la nécessité d’impliquer davantage la société civile dans les processus de gouvernance, qu’il considère comme un pilier de la cohésion nationale. Autre point majeur de son intervention : la place des femmes et des jeunes dans la prise de décision, présentée comme un levier essentiel pour limiter les abus de pouvoir et renforcer la stabilité institutionnelle.
Le discours intervient dans un climat politique tendu au Cameroun. Le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a été réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat contesté par son principal adversaire Issa Tchiroma Bakary, qui revendique toujours la victoire. Durant la cérémonie, le chef de l’État camerounais est resté impassible. Selon plusieurs observations, la télévision nationale aurait interrompu la retransmission en direct à certains moments du discours, sans explication officielle.
Après Yaoundé, le pape doit se rendre jeudi à Bamenda, principale ville de la zone anglophone, où il participera à une rencontre pour la paix à la cathédrale Saint-Joseph. Cette région est touchée depuis 2017 par un conflit séparatiste ayant fait plus de 6 000 morts et provoqué le déplacement de plus de 600 000 personnes selon l’International Crisis Group. À la veille de la visite pontificale, une coalition de groupes séparatistes a annoncé une trêve de trois jours afin de garantir la sécurité des événements.
Vendredi, le pape présidera une messe à Douala, où environ 600 000 fidèles sont attendus selon les estimations du Vatican. Cette étape devrait constituer l’un des moments forts de sa visite au Cameroun avant la poursuite de sa tournée africaine en Angola dès samedi.