Politique

Ukraine : 15 Zimbabwéens tués en première ligne pour la Russie

Le Zimbabwe a annoncé mercredi que 15 de ses ressortissants ont été tués après avoir été recrutés dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine, qui dure depuis plus de quatre ans. Selon le ministre de l’Information, Zhemu Soda, le gouvernement tente de rapatrier 66 autres Zimbabwéens encore en vie.

Ces victimes ont été attirées par des promesses d’emplois lucratifs et sûrs, diffusées par des agences de recrutement frauduleuses utilisant principalement les réseaux sociaux. Une fois sur place, elles ont été privées de leurs documents et contraintes de participer aux combats, avec peu ou pas de formation militaire Le cas du Zimbabwe s’inscrit dans un phénomène plus large touchant plusieurs pays africains. L’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigeria ont signalé des situations similaires, où des ressortissants ont été envoyés en Russie ou en Ukraine sous de fausses promesses de travail civil ou de formation professionnelle.

Selon un rapport du Center for Strategic and International Studies publié en janvier, le conflit aurait fait près de 2 millions de morts, et des centaines d’Africains seraient concernés par ces recrutements frauduleux.

Les conditions de recrutement et leurs conséquences

Zhemu Soda a décrit un schéma récurrent : les recruteurs offrent des salaires attractifs et des conditions de travail sûres, mais une fois sur place, les candidats sont plongés dans des situations extrêmement dangereuses. « Elles reçoivent peu ou pas de formation et sont placées dans des situations mettant leur vie en danger. Lorsqu’elles sont blessées, tuées ou capturées, les recruteurs disparaissent, laissant les familles sans information ni soutien », a-t-il expliqué. En Afrique du Sud, 11 hommes rentrés en février ont révélé avoir été envoyés en Russie sous prétexte de formation en sécurité. Deux d’entre eux ont été tués, plusieurs blessés, et d’autres restent bloqués sur le terrain. Au Kenya, jusqu’à 1 000 ressortissants auraient été recrutés, avec des dizaines de blessés, disparus ou encore en première ligne, selon les services de renseignement.

Un enjeu économique et sécuritaire pour l’Afrique

Ces pratiques frauduleuses ne sont pas seulement un drame humain : elles représentent un risque pour l’économie et la sécurité. Les jeunes Africains, souvent en âge de travailler et de contribuer au développement local, se retrouvent exposés à des situations de violence, fragilisant le capital humain du continent.

Les enquêtes menées par The Associated Press en 2024 montrent que des réseaux internationaux ciblent des travailleurs en Afrique et en Asie, utilisant des offres d’emplois civiles ou des programmes travail-études qui se transforment ensuite en engagements militaires. Dans certains cas, les passeports des recrues sont confisqués, les laissant sans recours.

Face à cette situation, le Zimbabwe multiplie les efforts diplomatiques pour rapatrier ses citoyens et organiser le retour des corps des défunts. Les relations bilatérales avec la Russie jouent un rôle clé dans ces opérations, mais les défis restent importants.

Ces cas soulignent la nécessité pour les gouvernements africains de renforcer la protection de leurs citoyens à l’étranger, mais aussi de sensibiliser les jeunes aux risques liés aux promesses d’emploi à l’international.