Politique

Sénégal : un emprunt controversé ravive les tensions sur la dette publique

Le Sénégal dément avoir contracté secrètement un emprunt de 650 millions d’euros, comme l’affirme le Financial Times, et assure avoir respecté les règles de transparence financière dans un contexte de forte pression budgétaire.

Selon le Financial Times, le pays aurait mobilisé en 2024 près de 650 millions d’euros auprès de Africa Finance Corporation et de First Abu Dhabi Bank afin d’éviter un défaut de paiement. Ces financements auraient été structurés de manière à accorder une priorité de remboursement aux créanciers concernés, au détriment des détenteurs d’obligations existants. Le ministère sénégalais des Finances rejette cette lecture et affirme que ces opérations s’inscrivent dans une stratégie classique de diversification des sources de financement. Le gouvernement souligne également que ces transactions n’ont pas été dissimulées et respectent les standards des marchés.

Des instruments financiers complexes

Les prêts auraient été contractés via des obligations souveraines domestiques adossées à des instruments dérivés, notamment des swaps de rendement total. Ce type de montage permet aux créanciers d’être remboursés en priorité en cas de défaut, ce qui peut accroître les tensions avec les investisseurs traditionnels. Selon les autorités, le taux d’intérêt de 7,1 % reste plus avantageux que les conditions actuellement pratiquées sur les marchés internationaux, dans un contexte de durcissement de l’accès au financement pour les économies africaines. Ces opérations interviennent alors que le Sénégal fait face à des déséquilibres macroéconomiques majeurs. Le déficit budgétaire avoisine 14 % du PIB, tandis que la dette publique est estimée à environ 132 % du PIB à fin 2024, des niveaux qui alimentent les inquiétudes des investisseurs.

Malgré ces tensions, le pays est parvenu récemment à honorer une échéance de dette internationale de 471 millions de dollars, évitant un défaut de paiement redouté par les marchés.

Héritage contesté et audit des finances publiques

Le gouvernement en place depuis avril 2024 accuse l’administration de l’ancien président Macky Sall d’avoir sous-estimé l’ampleur de l’endettement. Une mission du Fonds monétaire international a d’ailleurs confirmé des déclarations inexactes concernant les déficits et la dette sur la période 2019-2023. Dans ce contexte, le FMI a suspendu son programme d’aide de 1,8 milliard de dollars accordé en 2023, en attendant des clarifications et des engagements de réformes de la part des nouvelles autorités.

Au-delà de la controverse, cet épisode met en lumière un enjeu central pour le Sénégal : restaurer la confiance des investisseurs et sécuriser ses financements dans un environnement international plus exigeant. La capacité du pays à maintenir la transparence et à stabiliser ses comptes publics sera déterminante pour éviter une crise de financement plus profonde.